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16 janvier 2011 7 16 /01 /janvier /2011 19:03

             L'article peut nous faire réfléchir !!!

 

 

          TRACÉS no 1 8 . 23 septembre 2009

Si l’effet du passage de la lune sur les océans et la

formation des marées est aujourd’hui scientifiquement

validé, son influence sur le monde végétal reste

généralement associée à la tradition populaire et ne

constitue pas, en soi, une « vérité » scientifique. Un

groupe de chercheurs suisses publiait récemment

un article qui démontre une relation significative

entre les phases lunaires et les propriétés du bois

de coupe. Fruits de plusieurs mois de recherches

transdisciplinaires, les résultats présentés ont reçu

l’aval des milieux scientifiques.

La croyance d’une influence de l’astre lunaire sur le monde

des hommes remonte à l’aube de nos civilisations. Et bien

que la lune ait progressivement perdu ses attributs divins, que

loups-garous et vampires se cantonnent désormais au monde

de la fiction et du mythe, de nombreuses convictions populaires

associées au passage de sa face blanche dans le ciel étoilé

ont traversé les âges et les cultures. On lui attribue encore

aujourd’hui certains pouvoirs presque « magiques », non seulement

sur l’humain (fertilité, naissances, troubles psychiques,

etc.) mais sur l’ensemble du vivant, tant animal que végétal.

Le savoir populaire veut en effet que les végétaux soient

influencés par les diverses phases lunaires. Toute une série

d’adages issus de la pratique de générations d’agriculteurs

se retrouvent dans les guides des jardiniers et les almanachs

populaires. On y apprend par exemple que selon la phase

lunaire synodique (correspondant à la période comprise entre

l’apparition de deux nouvelles lunes, soit 29,530588 jours),

une lune croissante est propice au travail de la terre, et que

repiquages, plantations et semis de pantes à fruits ou à graines

ont plus de chances de bien se développer dans cette phase.

La lune décroissante serait au contraire favorable au semis des

plantes sans graines, ou aux récoltes qui se conserveraient

alors plus longtemps. Du point de vue de la phase sidérale

(orbite lunaire réelle selon un référent fixe, soit 27,321661

jours), la lune montante serait bonne pour planter les choux,

la lune descendante pour des carottes bien droites.

En ce qui concerne les plus grands végétaux, bûcherons et

forestiers se baseraient aussi sur certains cycles lunaires pour

couper ou replanter leurs arbres. En Suisse, notamment au

sud des Alpes, les professionnels sont en effet très attentifs

aux phases de la lune lorsqu’il s’agit de couper le bois de

châtaignier. En fonction de l’usage auquel ce dernier est destiné

– bois de feu ou bois d’oeuvre comme, par exemple, les

poteaux pour la vigne – ils s’assurent d’être dans la bonne

période d’abattage pour obtenir un bois qui brûle bien ou

qui ne pourrisse pas trop vite.

Quelle est la validité théorique de ces connaissances

acquises et transmises dans la pratique ? C’est ce qu’une

1 équipe transdisciplinaire de chercheurs a tenté de découvrir

M 

TRACÉS no 1 8 . 23 septembre 2009 p . 3 3

(voir encadré p. 34). Ernst Zürcher, chercheur à la Haute

école d’Architecture, Bois et Génie civil de la HES bernoise à

Bienne et chargé de cours à l’EPFL, nous explique au nom de

l’équipe l’enjeu de ces recherches porteuses d’avenir.

TRACÉS : Comment, en tant que chercheur, en êtes-vous

venu à vouloir valider scientifiquement la croyance ancestrale

de l’influence de la lune sur le végétal ?

Ernst Zürcher : J’ai toujours travaillé dans les domaines

de la biologie des arbres et de la recherche forestière.

D’abord quelques années à l’Ecole Polytechnique Fédérale

de Zurich, après y avoir fait mes études, puis quatre dans

le cadre de la coopération au développement en Afrique.

C’est au cours de ce projet de terrain mené en collaboration

avec les populations locales que j’ai pu aborder l’étude de

l’influence du cycle lunaire sur le processus de germination

des arbres, un problème de chronobiologie qui m’intéressait

depuis longtemps (peut-être mon grand-père, un agriculteur

qui travaillait avec la lune, y était-il pour quelque chose ?).

Les premiers résultats obtenus dans ce contexte furent assez

spectaculaires. Dans une pépinière expérimentale, les semis

de certaines essences tropicales, effectués deux jours avant

la nouvelle lune avaient systématiquement été meilleurs. Ce

fut l’occasion de rassembler progressivement la littérature

scientifique concernant la lune et les plantes, ce qui a abouti

récemment à un chapitre du livre de Francis Hallé, Aux

Origines des Plantes (Fayard, 2008).

Après ces recherches en milieu tropical, j’ai pu dès mon

retour en Suisse poursuivre dans la même veine, en orientant

mes recherches sur l’influence qu’a le moment de

l’abattage de l’arbre sur les propriétés du bois (perte en

eau, diminution de volume, densité, résistance). On sait

de longue tradition que certains professionnels du bois

– bûcherons, fabricants de tavillons, facteurs d’instruments

de musique ou encore d’arcs de tir – choisissent avec le

plus grand soin le moment de l’abattage en fonction de

cycles lunaires. L’idée à l’origine de cette ligne de recherche

était de pouvoir définir avec précision le moment le

plus favorable à l’abattage du bois, avec pour but d’optimiser

ses propriétés particulières, qui semblent être soumises

au facteur « temps ». Les premiers essais entrepris avec

des étudiants avaient permis de conclure que des cycles

lunaires particuliers peuvent influencer dans une mesure

sensible certaines propriétés du bois. Nous avions aussi été

fortement encouragés par les découvertes faites en collaboration

avec d’autres chercheurs au niveau international :

déformations réversibles du fût de jeunes arbres en phase

avec les marées ; rythmes lunaires journaliers apparaissant

selon la saison au niveau de l’électrophysiologie.

Fig. 1 : Forêt d’épicéas (Picea abies Karst.), l’une des essences soumises aux tests des

chercheurs afin de mieux cerner l’influence des phases lunaires sur le bois de coupe

Fig. 2 : Emplacement des rondelles fournissant les échantillons de laboratoire

Fig. 3 : Préparation de deux blocs par rondelle destinés au laboratoire AHB-Bienne

Fig. 4 : Confection des éprouvettes expérimentales tirées de l‘aubier (zone périphérique

humide de la bille, marquée ici en vert) et du bois parfait partiellement sec

4

3

2

p . 3 4 TRACÉS no 1 8 . 23 septembre 2009

T : Quelle valeur ce rapprochement entre le point de vue de

la science et la tradition populaire peut-il avoir ?

E. Z. : Du point de vue scientifique, la question au coeur

de nos recherches était de déterminer avec quel degré de

certitude et dans quelles conditions les cycles lunaires peuvent

être pris en considération pour l’obtention des qualités

désirées pour le bois. Alors que les usages forestiers et les

calendriers lunaires évoquent des certitudes et des effets évidents

à caractère absolu, la méthode scientifique nous oblige

à une approche prudente, vérifiable et différenciée.

De plus, les milieux scientifiques modernes ont en général

ignoré d’emblée et délibérément les précieux enseignements

d’une expérience accumulée par les praticiens (non seulement

en Europe, mais aussi sur la plupart des autres continents),

ou les ont parfois traités avec un préavis négatif. Un des

buts de ces nouvelles expérimentations est au contraire de

rapprocher les connaissances des scientifiques de celles des

praticiens, dans une démarche transdisciplinaire, pour s’enrichir

d’hypothèses de travail nouvelles. Ce rapprochement

permet d’autre part de confronter ces deux types de savoirs,

en différenciant un « noyau dur de phénomènes objectifs »

par rapport à certaines déformations ou superstitions peutêtre

apparues au fil des temps. En fait, il s’agit ici de mettre

au point un type de « biotechnologie douce », basé sur les

rythmes inhérents au vivant.

Caroline Dionne

Fig. 5 : Forêt d’épicéas du Pays d’Enhaut, près de Rougemont

Fig. 6 : Perte en eau des échantillons d’épicéa selon les phases synodiques lunaires

(ici subdivisées en huit périodes de 3 ½ jours env.). La pleine lune est représentée par

le trait vertical marquant le début de la 5e période

(Tous les documents illustrant cet article ont été fournis par Ernst Zürcher.)

5

PUBLICATION DE RÉSULTATS ÉTONNANTS

Avec Rodolphe Schlaepfer, professeur honoraire et ancien directeur

du Laboratoire de Gestion des Ecosystèmes à l’Institut des Sciences

et Technologies de l’Environnement (ISTE) de l’EPFL, Marco Conedera,

de l’Institut fédéral de recherches sur la forêt, la neige et le paysage

(WSL) et Fulvio Giudici, ing. forestier de Federlegno Ticino, Ernst Zürcher

publiait en août dernier dans une revue scientifique reconnue, un article

présentant les résultats d’une récente étude menée conjointement et

portant sur les modifications de propriétés du bois de coupe (deux fois par

semaine pendant six mois) en fonction des diverses phases lunaires.

Leurs expériences concernaient des échantillons d’épicéa (choisi pour

son importance dans le marché du bois d’oeuvre) et de châtaignier

(essence indigène également, porteuse d’une longue tradition de respect

des cycles lunaires pour la coupe). Sur une large série d’échantillons

de bois de coeur et d’aubier (le bois conduisant la sève), ils ont

pu quantifier des critères comme la perte en eau, le retrait (changement

de dimensions) et la densité relative lors du processus de séchage du

bois, en fonction des différentes phases lunaires – à la fois synodiques

et sidérales et, dans une moindre mesure, tropiques.

Les résultats montrent entre autres des corrélations significatives entre

la phase lunaire au moment de la coupe et le comportement du bois,

notamment en ce qui concerne la perte en eau et le retrait. Ces résultats

fournissent des bases solides vers un questionnement plus approfondi

et une meilleure compréhension des rythmes lunaires comme facteur

d’influence sur le bois – notamment au niveau des forces liant ce matériau

à l’eau.

L’article est disponible à la vente sur <www.springerlink.com> :

ERNST ZÜRCHER, R. SCHLAEPFER, M CONEDERA & F. GIUDICI, « Looking for

differences in wood properties as a fuction of the felling date : lunar

phase-correlated variations in the drying behavior of Norway Spruce

(Picea abies Karst.) and Sweet Chestnut (Castanea sativa Mill.), Trees

– Structure and Function, août 2009

Caroline Dionne

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