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13 octobre 2010 3 13 /10 /octobre /2010 21:46

 

Bonjour à toutes et tous,

    C'est en tant que représentant-e-s d'organisations ou/et élu-e-s m'ayant apporté votre soutien lors du conflit avec ma hiérarchie en 2008 (suite à mes prises de position publiques sur les OGM agricoles) que je vous contacte à nouveau aujourd'hui.
    Ce soutien — avec les 50 000 signatures recueillies — s'est avéré très fructueux puisque, comme vous le savez, l'Université, qui m'avait reçu en délégation suite à la manifestation du 25 juin 2008 sur le campus d'Orsay et devant le Ministère de la Recherche, avait pris en ma faveur un certain nombre d'engagements qu'elle a jusqu'à aujourd'hui respectés. Elle a non seulement fait en sorte, auprès du CNRS et de l'Institut de recherche auquel j'étais rattaché (IGM), que mes besoins financiers de fonctionnement soient assurés jusqu'à fin 2009 (fin du précédent contrat quadriennal), mais également que je puisse aujourd'hui continuer mes activités de recherche alors que je ne suis plus rattaché à l'IGM depuis le 1er janvier 2010.
Toutefois, tout n'est malheureusement pas encore résolu puisque l'absence de rattachement à une structure de recherche labellisée fait que je ne bénéficie aujourd'hui d'aucune infrastructure technique et administrative et que je me retrouve à devoir assumer toutes les tâches avec ma collègue, ce qui nous détourne considérablement de notre véritable activité de recherche. L'université en a conscience, et fait de notre rattachement à une nouvel institut une exigence et une priorité. La difficulté est que les Instituts susceptibles de m'accueillir, c'est-à-dire ayant des centres d'intérêt correspondant à l'activité de recherche de mon équipe, ne manifestent pas un grand enthousiasme à l'idée que je les rejoigne, et c'est actuellement une situation très compliquée tant pour moi que pour l’Université...

    Mais si je reprends contact avec vous aujourd’hui, ce n’est pas pour moi mais pour mon collègue Gilles-Eric Séralini, Professeur à l’Université de Caen, et Président du Conseil Scientifique du CRIIGEN (Comité de Recherche et d’Information Indépendantes sur le  Génie Génétique). Comme vous le savez certainement, Gilles-Eric fait l’objet d’une campagne de dénigrement et de pressions  extrêmement violentes, de la part de Monsanto et de l’EFSA bien sûr mais également d’une certaine frange de la communauté scientifique, en particulier depuis la publication fin 2009 (avec Dominique Cellier et Joël Spiroux de Vendomois), d’une contre-expertise des données fournies par Monsanto concernant 3 maïs OGM, et la réalisation, pour la Cour Suprême de l’Inde, d’expertises sur une aubergine GM ayant conduit le gouvernement indien à mettre en place un moratoire sur la culture de cet OGM.
    La Fondation Sciences Citoyennes (FSC) et le réseau ENSSER (European Network of Scientists for Social and Environmental Responsability) dont je suis l’actuel vice-président ont lancé une pétition de soutien à Gilles-Eric à la fois auprès de la communauté scientifique et du grand public. Au delà du cas de Gilles-Eric, il s’agit de défendre la controverse scientifique et l'expertise pluraliste et contradictoire.
    Je vous joins cette pétition en document attaché pour que vous puissiez la relayer  sur vos sites et/ou blogs respectifs. Pour signer la pétition, il suffit d’aller sur le site suivant : http://sciencescitoyennes.org/spip.php?article1801 . Merci de relayer ce lien et cette lettre de soutien le plus largement possible, y compris au delà de nos frontières (il y a aussi une version anglaise jointe).

    Par ailleurs, et toujours dans ce contexte, Gilles-Eric Séralini  a décidé d’intenter un procès en diffamation contre Marc Fellous (ex-président de la CGB) et  l’AFBV (Association Françaises des Biotechnologies Végétales) parrainée par Axel kahn, Claude Allègre,... et dont Fellous est le président (voir “Les attaques dont GES fait l’objet” dans la lettre de soutien jointe). Ce procès aura lieu le 23 novembre prochain à Paris, et FSC souhaite, à cette occasion, co-organiser avec toutes les organisations qui en sont d’accord, comme cela a été le cas pour moi en 2008, une manifestation face au tribunal. Je suis mandaté par FSC pour coordonner la mise en place de cette manifestation. Nous disposons donc d’un peu moins de deux mois, et j’ai besoin dans un premier temps de connaître toutes les organisations qui souhaitent s’associer à FSC pour organiser et mettre en place cette manifestation. Merci de bien vouloir me faire part de votre réponse dans les plus brefs délais. Je reprendrai contact ensuite avec les représentants des organisations concernées pour définir une date et un lieu de réunion au cours de laquelle nous discuterons de tous les aspects matériels et logistiques.

    Dans l’attente de votre retour, je vous adresse à toutes et tous mes très cordiales salutations.

    Christian Vélot

 

 

 

Pour le respect de la controverse scientifique et de l’expertise contradictoire


Soutien à Gilles-Eric Séralini et à ses co-auteurs
La controverse entre chercheurs, organisée au sein de la communauté scientifique, est un des moteurs essentiels de la construction des savoirs. Pour être reconnu, un résultat doit avoir résisté à toutes les tentatives d’invalidation par les collègues.
Plus encore, lorsque des travaux scientifiques ont des conséquences sociales, économiques et politiques importantes, la possibilité de développer ces postures critiques et de garantir les conditions d’une expertise pluraliste, devient le garant d’un bon fonctionnement démocratique. Comment prendre les bonnes décisions lorsque certaines voies de recherche sont systématiquement écartées, avant même d’avoir été sereinement explorées ?
En matière d’étude de l’effet des plantes génétiquement modifiées sur la santé, ce respect de la controverse scientifique n’est pourtant pas de mise. La grande majorité des chercheurs qui publient des résultats suggérant des effets d’OGM jusqu’alors insoupçonnés (effets sur la santé ou sur l’environnement) est la cible de campagnes de dénigrement provenant de membres influents de la communauté scientifique1.
La France n’est pas en reste comme en témoigne la situation actuelle de Gilles-Eric Séralini, professeur de biologie moléculaire à l’Université de Caen et co-directeur du Pôle pluridisciplinaire « Risques », spécialisé
dans l’étude des effets des pesticides et OGM sur la santé. GE Séralini et ses collègues ont mené des contreexpertises de données fournies par Monsanto pour justifier de la commercialisation de 3 de ses maïs OGM
(MON 863, MON 810, NK 603). Leurs travaux remettent en question la capacité pour ces données de démontrer formellement l’innocuité des trois maïs (suivi des rats trop court, puissance de l’analyse statistique
insuffisante). Contrairement aux analyses réalisées par la firme, les travaux de GE Séralini et de ses collègues ont été soumis au processus d’évaluation critique par les pairs avant d’être publiés en 2007 et en
2009.


Ces résultats interrogeant le bien fondé des autorisations octroyées par la Commission Européenne sur avis de l’Agence Européenne de Sécurité Alimentaire (EFSA) pour la consommation animale et humaine de
ces trois maïs, il n’est pas étonnant qu’ils aient suscité de vives réactions de Monsanto, de l’EFSA ou encore de l’Office de contrôle des aliments d’Australie et de Nouvelle Zélande. Mais depuis quelques semaines, GE
Séralini est la cible d’attaques et de pressions morales émanant d’une partie de la communauté scientifique (cf. verso), et qui vont jusqu’à remettre en question les conditions mêmes de ses travaux de recherche
(position académique, financements).
Nous, chercheurs signataires de ce texte, considérons qu’il est de notre responsabilité de maintenir les conditions d’une controverse scientifique respectueuse et d’une expertise pluraliste sur des questions aussi
sensibles que celle des effets de la culture de plantes génétiquement modifiées. Nous condamnons la démarche de nos collègues qui utilisent les armes de la décrédibilisation mensongère plutôt que le terrain de
la démonstration encadrée par les procédures en vigueur au sein de la communauté scientifique, à savoir des expériences transparentes, indépendantes et reproductibles, soumises à une évaluation par des pairs.
Nous apportons tout notre soutien à GE Séralini et à ses co-auteurs.
1 Waltz E. Battlefield, Nature 2009. 461 :27-32


Les travaux de GE Séralini et de ses collègues dans leur contexte
La publication « A Comparison of the Effects of Three GM Corn Varieties on Mammalian Health » [Spiroux de Vendômois et al., Int. J. Bio. Sci., 2009, 5 : 706-726] dont GE Séralini est l’auteurcorrespondant
est une contre-expertise de données produites par Monsanto, dont la mise à disposition résulte en partie d’une injonction judiciaire (le maintien de la confidentialité d’une partie des données a été jugé illégal par un tribunal allemand). Ces données ont été obtenues sur des rats nourris pendant 3 mois avec les trois maïs concernés. Cette contre-expertise ne prétend pas apporter la preuve de la toxicité chronique des maïs concernés, comme les auteurs le reconnaissent, d'autant plus qu’elle s'appuie sur des données brutes de Monsanto dont ils dénoncent justement l'insuffisance. Elle pointe néanmoins des signaux d’alerte pouvant laisser craindre le développement d’une pathologie chronique, et réfute ainsi la capacité des données fournies
par Monsanto de démontrer formellement l’innocuité de ces trois maïs : suivi des rats est trop court , plan d’expérience suivi ne confèrant pas une puissance suffisante à l’étude.
Les attaques dont GE Séralini fait l’objet Parrainée par des chercheurs bien connus comme Claude Allègre et Axel Kahn, et présidée par Marc
Fellous, professeur de génétique et ancien président de la Commission du Génie Biomoléculaire2, l’Association Française des Biotechnologies Végétales (AFBV), a déclaré dans un communiqué de presse
daté du 14 décembre 2009, que « les travaux de G.-E. Séralini ont toujours été invalidés par la communauté scientifique ». Ces allégations sont totalement mensongères. Tous ses travaux ont été publiés dans des revues
internationales à comité de lecture et donc évalués par les pairs. Aucun n’a jamais fait l’objet d’une invalidation.
Suite à la participation de GE Séralini au Magazine de la Santé diffusé le 21 janvier dernier sur France 5, l’AFBV a adressé deux courriers (datés du 26 et du 28 janvier) aux responsables de la chaîne et de l’émission d’une part, et au Conseil Supérieur de l’Audiovisuel d’autre part, dans lesquels GE Séralini est présenté comme un « marchand de peurs » et un scientifique non reconnu. Il semble donc que les membres de l'AFBV, se déclarant tous en faveur des PGM, agissent comme groupe de pression davantage que comme experts scientifiques.
Enfin, en janvier 2009 et 2010, GE Séralini a réalisé des expertises pour la Cour Suprême de l'Inde et le gouvernement indien sur les données brutes fournies par la Société Mahyco pour commercialiser une nouvelle aubergine OGM produisant un insecticide. Sur la base de ces analyses, un moratoire a été décidé.
Depuis, GE Séralini fait l’objet d’attaques diffamatoires répétées, sans que leurs auteurs n’acceptent de se soumettre au cadre de la controverse scientifique, encadrée notamment par le système des publications scientifiques.

 

Contenu du dossier joint
- Article de Spiroux de Vendômois, et al. « A Comparison of the Effects of Three GM Corn Varieties on
Mammalian Health ». Int. J. Bio. Sci., 2009, 5 : 706-726
- Réponse de Monsanto à cette publication
- Avis du Comité Scientifique du Haut Conseil des Biotechnologies sur cette publication
- Avis de l’Office de contrôle des aliments d’Australie et de Nouvelle-Zélande (FSANZ) sur cette publication
- Avis de l’Autorité Européenne de Sécurité des Aliments (EFSA) sur cette publication
- Communiqué de presse de l’Association Française des Biotechnologies Végétales (AFBV) sur cette
publication
- Réponse des auteurs aux différentes critiques
2 Commission gouvernementale chargée d’évaluer les OGM agricoles, dont GE Séralini a été membre de 1998 à 2007

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Published by Des Gus Dégustent
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