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18 avril 2010 7 18 /04 /avril /2010 11:08

Il y a des vignes qui, bien que de seconde classe, sont recommandables aussi par leur production et leur fécondité : telle est la biturique, telle est aussi la royale, desquelles les Espagnols appellent cocolubis la plus petite variété. Elles se rapprochent le plus des premières que nous avons citées ; car leur vin ne redoute pas la vieillesse et, grâce aux années, acquiert même quelque bonté. C'est autant par leur fécondité que par leur vigueur qu'elles l'emportent sur toutes les espèces dont j'ai parlé, ci-devant, puisqu'elles bravent les ouragans et les pluies, produisent beaucoup de vin, et ne font pas défaut dans les terrains maigres. Elles supportent mieux le froid que l'humidité, et l'humidité que la sécheresse, sans pourtant. souffrir de la chaleur.
Viennent ensuite la visule et la petite argitis, qui se trouvent bien d'un sol médiocre, tandis qu'en terre grasse elles déploient beaucoup trop de végétation , et que dans un terrain maigre elles sont chétives et privées de fruit ; elles s'accommodent mieux du joug que des arbres. L'argitis toutefois, fertile sur les points élevés, y abonde en bois et en raisins. La visule, plus propre aux plus bas palissages, donne peu de bois, mais de larges feuilles, dont l'ampleur protège avantageusement contre la grêle ses fruits, qui tombent à terre si on ne les cueille dès les premiers temps de leur maturité, ou pourrissent par l'effet de l'humidité, plutôt encore qu'ils ne tombent.
Les helvoles, que quelques personnes appellent les bigarrées, et dont la grappe n'est ni pourpre ni noire, tirent, si je ne me trompe, leur nom de leur couleur rouge pâle. La variété la plus noire est la meilleure eu égard à l'abondance de son vin, mais la variété la plus blanche est préférable pour sa saveur. La couleur des grains ne se montre pas égale dans l'une comme dans l'autre variété. Elles donnent toutes les deux du vin blanc dont la quantité est plus ou moins grande alternativement de deux années l'une : elles se développent mieux sur l'arbre, toutefois elles couvrent bien le joug. Leur fécondité se manifeste aussi sur un sol médiocre, de même que la grande et la petite précies ; mais ces deux dernières sont plus recommandables par la générosité de leur vin : elles se couvrent d'une grande quantité de pampres et mûrissent promptement.
Plus utile sur la colline que dans la plaine, comme dit Celse, l'albuélis réussit mieux sur l'arbre que sur le joug, au haut de l'arbre qu'au bas; elle est très féconde en rameaux et en raisins.
Quant aux petites vignes grecques, telles que les maréotiques, les thasiennes, les psithiennes, les sophorties, le goût de leurs productions est délicat, mais dans nos contrées elles donnent peu de grappes, leurs grains sont petits, et on en obtient peu de vin.
Cependant l'inerticule noire, que quelques Grecs appellent améthyste, peut en quelque sorte prendre place dans la seconde tribu, parce que son vin est bon et n'incommode nullement : avantage qui lui procure son nom, vu qu'elle passe, quoiqu'elle ne soit pas insipide au goût, pour n'avoir aucune action sur les nerfs. Celse place au troisième degré les vignes qui ne se recommandent que par leur fécondité : telles que les trois helvénacies, dont les deux grandes variétés ne sont pas plus estimées l'une que l'autre, la qualité et l'abondance de leur vin ne suffisant point pour établir une préférence. L'une d'elles, qui a reçu des habitants des Gaules la dénomination démarque, n'offre qu'un vin médiocre ; l'autre, qu'ils appellent la longue et aussi l'avare, ne donne qu'une liqueur trouble et même moins abondante que ne semble le faire espérer d'abord le nombre de ses grappes. La plus petite et la meilleure de ces trois variétés se reconnaît facilement à sa feuille, qui est beaucoup plus ronde que celle des deux premières : elle mérite des éloges, parce qu'elle supporte très bien les sécheresses ; parce qu'elle endure le froid, pourvu qu'il ne soit pas accompagné de pluies ; parce qu'en certaines localités son vin se conserve très longtemps, et surtout parce qu'elle est la seule qui, par sa fécondité, fait honneur au terrain le plus maigre.
La spionie est plus libérale en vin et en grappes volumineuses qu'elle ne l'est par leur quantité, telles sont aussi l'oléaginie, la murgentine, qui est la même que la pompéienne, la numisienne, la vénucule aussi appelée scirpule et sticule, la frégellane noire, la mérique, la rhétique, et la grande arcelaque, la plus productive de toutes les espèces que nous connaissons, et que beaucoup de personnes confondent à tort avec l'argitis. Il me serait fort difficile de dire dans quelle classe on doit placer la pergulane, l'irtiole et la féréole, que je ne connais que depuis peu de temps. Quoique j'aie reconnu qu'elles sont assez productives, je ne saurais encore prononcer sur la bonté du vin qu'on en retire. Nous avons aussi découvert une vigne précoce qui nous était inconnue jusqu'alors : les Grecs l'appellent dracontion. On peut comparer sa fécondité et l'agrément de sa saveur aux mêmes qualités qu'on remarque dans l'arcélaque, la royale et la biturique, et en outre à la force généreuse du vin d'aminée.
On compte encore beaucoup d'espèces de vignes, dont nous ne pourrions garantir ni le nombre ni les noms.
« Car [comme dit le poète] il est sans importance de les énumérer. Qui voudrait les connaître toutes, voudrait savoir combien le zéphyr bouleverse de grains de sable dans la mer de Libye. »
En effet, tous les pays et presque tous les cantons de ces pays possèdent des espèces de vignes qui leur sont particulières et qu'ils nomment à leur manière ; certaines variétés ont, en changeant de lieu, changé aussi de nom, et, comme nous l'avons dit, quelques-unes, en quittant leur pays, ont perdu leur qualité primitive au point de ne pouvoir plus être reconnues. Et, pour ne point parler de l'immensité du globe, dans l'Italie même, les peuples, même voisins, ne s'accordent point dans les noms qu'ils donnent aux vignes, et leur en assignent chacun de différents. Aussi, un maître sage doit-il se garder de faire perdre le temps à ses élèves dans la recherche d'une nomenclature impossible à fixer : il se bornera, suivant le précepte de Celse, et comme avant lui l'avait prescrit M. Caton, à conseiller de ne planter d'autres espèces de vignes que celles qui jouissent d'une juste réputation, de ne conserver que celles dont l'expérience aura confirmé les qualités, et les plus généreuses, ainsi que dit Jules Grécinus, si le pays est situé dans des conditions telles qu'elles engagent à planter des vignes de renom. Là où il n'y a rien ou peu de chose qui dicte cette détermination, il vaut mieux rechercher la fécondité, qui ne sera jamais aussi inférieure en prix qu'elle sera supérieure en abondance. Au reste, je dirai bientôt en son lieu ce que je pense au fond de ces conseils, quoique je les aie déjà approuvés un peu plus haut : car mon projet est d'enseigner à constituer des vignes fécondes et qui produisent en même temps un vin de qualité.

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Published by Des Gus Dégustent
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